Une personne sur cinq fera l’expérience de la dépression au cours de sa vie, selon les chiffres de l’OMS. La science nous aide à mieux comprendre la dépression et à développer les interventions de santé de demain qui aideront les personnes concernées. ComPaRe Dépression vous présente régulièrement un article scientifique important pour vous tenir au courant des avancées.
Le contexte de cette recherche
La participation des patients et du grand public à la recherche médicale est aujourd’hui de plus en plus encouragée. Cependant, cette participation intervient souvent quand les projets de recherche sont déjà définis et plus rarement au moment où sont choisies les questions qui mériteraient d’être étudiées en priorité.
Or, les priorités des chercheurs ne sont pas nécessairement les mêmes que celles des personnes vivant avec une maladie.
Les familles touchées par la dépression constituent un groupe particulièrement important. Les enfants de parents ayant connu une dépression présentent en moyenne un risque plus élevé de développer eux-mêmes des difficultés psychiques au cours de leur vie. Leurs idées concernant les futures recherches avaient très peu été explorées jusqu’à présent.
Comment cette étude a été menée ?
Les auteurs ont utilisé les données de l’étude britannique EPAD (Early Prediction of Adolescent Depression), une cohorte suivant depuis plusieurs années des parents ayant des antécédents de dépression récurrente ainsi que leurs enfants.
Au cours du quatrième suivi de cette cohorte, 161 parents et 131 de leurs enfants, désormais âgés de 18 à 28 ans, ont participé à un entretien individuel. Les auteurs leur ont posé la question suivante : « Selon vous, sur quels sujets les chercheurs en santé mentale devraient-ils travailler ? »
Les réponses ont ensuite été analysées à l’aide d’une méthode d’analyse qualitative permettant d’identifier les grands thèmes qui revenaient le plus souvent dans les discours des participants.
Qu’est-ce que l’étude a découvert ?
Les auteurs ont identifié cinq grandes priorités de recherche.
La première concernait les traitements et les interventions. Les participants souhaitaient davantage de recherches pour améliorer l’accès aux soins, développer de nouvelles prises en charge, réduire les délais d’attente et favoriser des interventions précoces avant que les difficultés ne s’aggravent.
La deuxième priorité portait sur les facteurs environnementaux et sociaux pouvant influencer la santé mentale. Les participants ont évoqué de nombreux aspects de la vie quotidienne : les difficultés financières, le travail, l’école, les réseaux sociaux, les relations familiales, les traumatismes, les comportements de santé, l’isolement ou encore les inégalités sociales.
Une troisième priorité, plus originale, concernait la transmission familiale de la dépression. Beaucoup souhaitaient mieux comprendre comment les troubles psychiques peuvent se transmettre d’une génération à l’autre et quel est le rôle respectif de la génétique et de l’environnement dans cette transmission. Certains espéraient que ces connaissances permettraient ensuite d’identifier plus tôt les personnes les plus à risque et de développer des actions de prévention adaptées.
Les participants ont également insisté sur la nécessité d’améliorer la compréhension de la santé mentale par le grand public. Ils souhaitaient davantage de recherches permettant de réduire les préjugés, de lutter contre la stigmatisation et d’améliorer les connaissances sur la dépression dans les écoles, les familles ou encore les lieux de travail.
Enfin, les familles ont souligné l’intérêt de poursuivre des recherches suivant les familles sur plusieurs années afin de mieux comprendre comment la santé mentale évolue au fil du temps et comment les expériences des parents peuvent influencer celles de leurs enfants. Les jeunes adultes souhaitaient également que davantage de recherches soient spécifiquement consacrées à la santé mentale des enfants et des adolescents vivant avec un parent déprimé.
Dans l’ensemble, les parents et leurs enfants partageaient des priorités très proches, même si les jeunes adultes insistaient davantage sur l’impact des facteurs sociaux et environnementaux, tandis que les parents évoquaient plus souvent les traitements, la génétique et la sensibilisation du grand public.

Que peut-on apprendre de cette étude ?
Cette étude rappelle que les personnes directement concernées par la dépression ne souhaitent pas uniquement voir développer de nouveaux traitements. Elles souhaitent aussi mieux comprendre les mécanismes de la maladie, les facteurs qui la favorisent ou la protègent et les conséquences qu’elle peut avoir sur les familles.
L’un des résultats les plus originaux concerne l’importance accordée à la transmission familiale de la dépression et au rôle de la génétique. Les auteurs soulignent que cette priorité est rarement retrouvée dans les études réalisées auprès du grand public. Elle reflète probablement les interrogations spécifiques des familles confrontées à la dépression, qui cherchent à comprendre le risque pour leurs enfants et les moyens de rompre une éventuelle transmission entre générations.
Les auteurs rappellent également que les connaissances scientifiques actuelles montrent que la dépression résulte d’interactions complexes entre facteurs génétiques et environnementaux. Mieux communiquer ces connaissances auprès des familles pourrait contribuer à réduire certaines idées reçues ou certains sentiments de culpabilité.
Enfin, cette étude souligne l’intérêt d’associer davantage les personnes concernées dès les premières étapes de la recherche. Les auteurs estiment que leurs priorités pourraient aider les organismes de financement et les chercheurs à développer des travaux davantage en phase avec les besoins exprimés par les familles vivant avec la dépression.
*Résumé et adaptation française de l’article de Powell V. et ses collègues : Exploring the mental health research priorities of parents with depression and their children. BMJ Mental Health. 2025;28:1–6. doi:10.1136/bmjment-2024-301279.





