Une personne sur cinq fera l’expérience de la dépression au cours de sa vie, selon les chiffres de l’OMS. La science nous aide à mieux comprendre la dépression et à développer les interventions de santé de demain qui aideront les personnes concernées. ComPaRe Dépression vous présente régulièrement un article scientifique important pour vous tenir au courant des avancées.
Résumé
Les personnes ayant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) présentent plus souvent des troubles du sommeil, des symptômes dépressifs et une qualité de vie plus altérée. Mais cette étude ne porte pas directement sur des personnes ayant toutes reçu un diagnostic de TDAH, elle s’intéresse plus précisément aux traits de TDAH, c’est-à-dire à la présence plus ou moins marquée de caractéristiques associées au TDAH, comme les difficultés d’attention, l’hyperactivité ou l’impulsivité.
Les chercheurs ont voulu comprendre si les troubles du sommeil et en particulier l’insomnie, pouvaient expliquer en partie le lien entre ces traits de TDAH, les symptômes dépressifs et la qualité de vie.
Les résultats montrent que les personnes ayant davantage de traits de TDAH rapportent plus de symptômes dépressifs, une qualité de vie plus faible, davantage d’insomnie, une moins bonne qualité de sommeil et un rythme de sommeil plus tardif. Cependant, l’insomnie semble surtout jouer un rôle dans la qualité de vie : elle explique en partie pourquoi les personnes ayant davantage de traits de TDAH rapportent une qualité de vie plus altérée. En revanche, les troubles du sommeil n’expliquent pas clairement le lien entre traits de TDAH et symptômes dépressifs.
Le contexte de cette recherche
Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental fréquent, qui concerne environ 5 à 7% de la population mondiale. Il est caractérisé par des difficultés d’attention, de l’hyperactivité, de l’impulsivité, ou une combinaison de ces dimensions. Le TDAH est souvent associé à d’autres difficultés de santé mentale, notamment la dépression, ainsi qu’à une qualité de vie plus faible.
Mais les caractéristiques du TDAH ne sont pas seulement présentes chez les personnes ayant reçu un diagnostic. Dans la population générale, certaines personnes peuvent présenter des traits de TDAH plus ou moins marqués, sans avoir nécessairement été diagnostiquées. Etudier ces traits permet de mieux comprendre comment certaines dimensions du TDAH s’associent au sommeil, à l’humeur et au bien-être.
Les troubles du sommeil sont fréquents chez les personnes concernées par le TDAH. Il peut s’agir d’insomnie, de difficultés d’endormissement, d’un sommeil de moindre qualité, d’une somnolence dans la journée ou encore d’un rythme veille-sommeil plus tardif. Ces perturbations du sommeil sont aussi connues pour être liées à la dépression et au bien-être psychologique.
La question posée par cette étude était donc la suivante : les troubles du sommeil expliquent-ils en partie pourquoi les personnes ayant davantage de traits de TDAH rapportent plus de symptômes dépressifs ou une moins bonne qualité de vie ?

Comment cette étude a été menée ?
Les chercheurs ont analysé les données de 1364 adultes issus du Netherlands Sleep Registry, une large base de données en ligne consacrée au sommeil.
Les participants ont rempli plusieurs questionnaires standardisés permettant d’évaluer les traits de TDAH, les symptômes dépressifs, la qualité de vie et différents aspects du sommeil : l’insomnie, la qualité globale du sommeil, le chronotype (c’est-à-dire le fait d’être plutôt du matin ou plutôt du soir) et le décalage entre le rythme biologique et le rythme social, appelé jetlag social.
Les traits de TDAH ont été mesurés à l’aide d’un questionnaire de dépistage chez l’adulte. Ce questionnaire ne pose pas un diagnostic médical de TDAH, mais il permet d’estimer la présence et l’intensité de certaines caractéristiques associées au TDAH. Les participants ont ainsi été classés selon leur niveau de traits de TDAH : absence de traits, traits modérés ou traits élevés.
Les chercheurs ont ensuite étudié les associations entre ces différentes variables. Ils ont aussi testé si les troubles du sommeil jouaient un rôle d’intermédiaire, ce qu’on appelle une médiation, entre les traits de TDAH et deux dimensions principales : les symptômes dépressifs et la qualité de vie.
Que peut-on apprendre de cette étude ?
Cette étude invite d’abord à distinguer deux choses : le TDAH comme diagnostic clinique et les traits de TDAH comme caractéristiques mesurées dans la population générale. Ici, les chercheurs n’ont pas étudié uniquement des personnes diagnostiquées avec un TDAH : ils ont étudié des adultes présentant des niveaux variables de traits associés au TDAH. Cette nuance est importante car elle évite de généraliser trop directement les résultats à toutes les personnes ayant un diagnostic de TDAH.
L’étude montre ensuite que le sommeil et en particulier l’insomnie, ne doit pas être considéré comme un simple problème secondaire. Chez les personnes ayant davantage de traits de TDAH, l’insomnie pourrait contribuer de manière importante à la dégradation de la qualité de vie. Cela suggère qu’évaluer et prendre en charge les difficultés de sommeil pourrait être utile dans l’accompagnement des personnes concernées.
Les auteurs soulignent notamment l’intérêt potentiel des thérapies cognitivo-comportementales de l’insomnie, qui sont recommandées chez l’adulte pour améliorer le sommeil. Ces approches pourraient être particulièrement pertinentes chez les personnes ayant des traits de TDAH et des plaintes d’insomnie, même si des essais cliniques spécifiques sont encore nécessaires.
Enfin, cette étude rappelle que les relations entre TDAH, sommeil, dépression et qualité de vie sont complexes. Comme il s’agit d’une étude transversale, elle ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet. On ne peut donc pas affirmer que les traits de TDAH provoquent l’insomnie, ni que l’insomnie provoque directement une baisse de qualité de vie. L’étude montre plutôt des associations qui devront être confirmées par des études longitudinales.
En résumé, chez les adultes ayant davantage de traits de TDAH, l’insomnie apparaît comme un facteur important pour comprendre la qualité de vie. Elle pourrait constituer une cible concrète d’évaluation et d’intervention, tout en gardant à l’esprit qu’elle n’explique pas à elle seule les liens entre TDAH, sommeil et dépression.
*Résumé et adaptation française de l’article de Nair S. et ses collègues : Associations of ADHD traits, sleep/circadian factors, depression and quality of life. BMJ Mental Health. 2025;28:1-7. doi:10.1136/bmjment-2025-301625.





