Être écouté, cru et reconnu : c’est ce qui fait la différence pour les patients confrontés à des symptômes médicalement inexpliqués (SMI). Une étude* menée auprès de 3 036 participants de la cohorte ComPaRe montre que la qualité de la communication entre le médecin et son patient influence la prise en charge, parfois davantage que l’obtention d’un diagnostic précis. Les chercheurs ont souhaité mieux comprendre la manière dont les médecins expliquent les SMI et la façon dont les patients vivent cette communication. L’étude a fait l’objet d’une publication parue le 1er octobre dans le journal Communications Medicine.

Les symptômes médicalement inexpliqués (SMI) désignent des troubles physiques ou fonctionnels persistants pour lesquels les examens médicaux ne permettent pas d’identifier une cause clairement établie. Leur origine est souvent multifactorielle. Selon la littérature scientifique, ils sont à l’origine d’environ une consultation de soins primaires sur deux.
Malgré leur fréquence, la manière dont les médecins interagissent avec leurs patients concernant ces symptômes reste insuffisamment étudiée.
Les chercheurs ont analysé les descriptions, rédigées librement par les participants, concernant leurs consultations médicales. Trois catégories de communication ont ainsi pu être identifiées :
- des explications médicales reposant sur un diagnostic explicite qui peut être de nature organique (maladie de cause biologique ou physique établie), psychiatrique ou fonctionnelle (symptômes résultant de l’interaction corps-cerveau) ;
- une communication niant ou minimisant la souffrance et les symptômes des patients (« C’est dans votre tête », « Il n’y a aucun problème ») ;
- une reconnaissance de l’incertitude médicale lorsque le médecin admet ne pas disposer d’explication face aux symptômes (« Je ne sais pas »).
Les résultats montrent que le facteur déterminant de l’expérience des patients n’est pas tant l’obtention d’un diagnostic précis que la reconnaissance de leurs symptômes et de leur souffrance par le médecin. À l’inverse, lorsque les symptômes sont minimisés ou remis en cause, les patients rapportent des émotions négatives et une perte de confiance. Un diagnostic explicite ou encore la reconnaissance d’une incertitude favorisent le soulagement et la confiance des patients en leurs médecins. La satisfaction est plus grande lorsque des explications scientifiques précises sont données, qu’elles soient biologiques ou fonctionnelles, surtout si ces explications ouvrent la voie à des traitements, même non médicamenteux.
Cette étude rappelle que, face aux SMI, la qualité de la relation entre le médecin et son patient est un élément essentiel de la prise en charge. Au-delà des examens et du diagnostic, les mots employés, la reconnaissance de la souffrance, ainsi que la capacité à communiquer avec transparence et à donner des explications logiques contribuent directement à la qualité des soins. Elle ouvre ainsi la voie à des perspectives concrètes pour renforcer la formation des étudiants et des jeunes médecins à la communication médicale, afin d’améliorer l’expérience des patients et de consolider le parcours de soin.
Pour consulter la publication : https://www.nature.com/articles/s43856-026-01852-8
* L’étude a été coordonnée, auprès de la cohorte ComPaRe, par le Dre Elise Rambaud (équipe mobile de soins palliatifs de l’hôpital Cochin – Port-Royal AP-H) et le Pre Brigitte Ranque (service de médecine interne de l’hôpital européen Georges-Pompidou AP-HP), toutes deux affiliées à l’Inserm, l’INRAE et l’Université Paris Cité.




