Une personne sur cinq fera l’expérience de la dépression au cours de sa vie, selon les chiffres de l’OMS. La science nous aide à mieux comprendre la dépression et à développer les interventions de santé de demain qui aideront les personnes concernées. ComPaRe Dépression vous présente régulièrement un article scientifique important pour vous tenir au courant des avancées.
Le contexte
Le régime cétogène (ketogenic diet, KD) est un régime riche en gras et très pauvre en sucres. Le corps commence alors à produire des cétones qui peuvent être utilisées par le cerveau comme source d’énergie à la place du glucose. Il a alors été proposé comme un possible traitement pour des troubles psychiatriques, incluant la dépression.
L’objectif principal de l’étude que nous présentons était de comparer l’efficacité du régime cétogène en adjonction de leur traitement médicamenteux antidépresseur par rapport à un groupe placebo, chez des personnes présentant un épisode dépressif résistant unipolaire, en mesurant la différence entre les groupes du changement du score de la PHQ-9 au bout de 6 semaines de régime.
Comment cette étude a été menée ?
Des chercheurs de l’université d’Oxford ont mené un essai clinique randomisé en simple masque (les participants ne savaient pas quelle intervention était l’objet de l’étude) chez des personnes âgées de 18 à 65 ans et présentant un épisode dépressif résistant unipolaire (treatment-resistant depression, TRD) de sévérité modérée (mesurée par un score PHQ-9≥15) sans idées suicidaires.[1] Les chercheurs ont pensé leur étude pour montrer une différence cliniquement pertinente de 5 points entre les groupes. L’intervention durait 6 semaines et comprenait entre autres un support téléphonique hebdomadaire avec conseils diététiques, et du matériel éducatif relatif au régime.
- Le groupe KD avait accès gratuitement à 3 repas par jour ou des bons d’achats de nourriture. Ici, les participants de ce groupe pouvaient avoir un apport en sucres allant jusqu’à 30g/j, soit environ 2 bananes. Si une perte de poids survenait, le régime était ajusté pour corriger cette perte.
- Le groupe contrôle consistait quant à lui en un régime dit « phyto » qui pouvait par exemple remplacer les graisses animales saturées par des huiles végétales insaturées.
Les participants étaient suivis 6 semaines supplémentaires afin de noter leur évolution et le suivi du régime. Ils ont également été interviewés par les chercheurs sur l’acceptabilité du régime.
Qu’est-ce que l’étude a découvert ?
Le groupe KD et le groupe placebo comprenaient chacun 44 participants présentant des dépressions modérées à sévères. Les participants prenaient des antidépresseurs variés, avec principalement des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) comme la sertraline par exemple.
A la 6ème semaine de régime, les participants des deux groupes avaient vu la sévérité de leur dépression s’améliorer. Cependant, la différence entre les deux groupes, quoique statistiquement significative, était de 2,2 points de PHQ-9, c’est à dire cliniquement négligeable. À la 12ème semaine, la différence n’était plus significative (p=0.10).
Que peut-on apprendre de cette étude ?
Cette étude menée sur un petit nombre de personnes avec un diagnostic d’épisode dépressif résistant unipolaire a retrouvé une amélioration certes statistiquement significative mais cliniquement minime lors d’un traitement par régime cétogène en adjonction d’un traitement médicamenteux antidépresseur.
Les chercheurs soulignent plusieurs faits importants. L’effet n’est pas considéré comme cliniquement pertinent car trop faible. Ils notent par ailleurs qu’il a été difficile pour les personnes de suivre le régime cétogène, et qu’une fois les aides extérieures visant à maintenir le suivi se sont arrêtées, à peine 9% des participants ont continué le régime. Ce régime nécessite une transformation importante des habitudes alimentaires et est difficile à tenir socialement (manger au restaurant, être invité chez des amis).
Cette étude apporte donc une réserve sur la pertinence du déploiement du régime cétogène chez les personnes en dépression.
*Résumé et adaptation française de l’article : Gao M, Kirk M, Knight H, et al. A Ketogenic Diet for Treatment-Resistant Depression: A Randomized Clinical Trial. Jama psychiatry. 2026;83(4):331. doi:10.1001/jamapsychiatry.2025.4431
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