Une personne sur cinq fera l’expérience de la dépression au cours de sa vie, selon les chiffres de l’OMS. La science nous aide à mieux comprendre la dépression et à développer les interventions de santé de demain qui aideront les personnes concernées. ComPaRe Dépression vous présente régulièrement un article scientifique important pour vous tenir au courant des avancées.
Résumé
L’objectif de cet article est de recenser les facteurs protecteurs de la dépression (psychologique, social, économique, culturel, environnemental ou physiologique) chez les jeunes adultes de 18 à 29 ans.
La méthode
Les chercheurs ont inclus 676 essais randomisés totalisant plus de 105 000 participants adultes présentant un nouvel épisode de dépression unipolaire et n’ayant pas encore débuté de traitement pour cet épisode. Les interventions étudiées ont été regroupées en 63 classes comprenant des psychothérapies individuelles ou de groupe, des antidépresseurs de différentes familles, des traitements combinés, ainsi que des approches physiques ou complémentaires.
L’efficacité a été évaluée principalement sur la réduction des symptômes dépressifs en fin de traitement. Les auteurs ont également examiné la réponse clinique, la rémission, l’acceptabilité (arrêts toutes causes) et la tolérabilité (arrêts pour effets indésirables). Les analyses ont été stratifiées selon la sévérité initiale des symptômes.

Qu’est-ce que l’étude a découvert ?
L’un des principaux résultats est que les études abordent très peu la question de la résilience à la dépression. Le plus souvent, elles se concentraient sur un seul type de facteur protecteur, en particulier des facteurs individuels comme la résilience psychologique, les pensées positives ou l’espoir. Les facteurs sociaux, notamment le soutien social et le soutien familial, arrivaient en deuxième position. Les dimensions culturelles, comme la religiosité, la spiritualité ou la fierté culturelle, étaient beaucoup moins souvent étudiées, tandis que les facteurs économiques, institutionnels et environnementaux restaient très rarement investigués.
Alors même que les modèles contemporains de la résilience insistent sur l’interaction entre plusieurs niveaux de protection, la littérature reste majoritairement focalisée sur l’individu ou son entourage immédiat.
Enfin, les populations étudiées étaient peu diversifiées. La majorité des études provenaient d’Amérique du Nord, concernaient surtout des femmes cisgenres et sous-représentaient fortement les pays à revenu faible ou intermédiaire, alors même que c’est dans ces contextes que vit la majorité des jeunes dans le monde. Les jeunes hommes et les minorités sexuelles et de genre étaient également peu représentés. Les auteurs soulignent donc que les connaissances actuelles sur la résilience à la dépression reflètent surtout certains contextes sociaux et géographiques et ne peuvent pas être généralisées sans prudence.
Que peut-on apprendre de cette étude ?
Cette revue invite à repenser la manière dont on comprend la résilience envers la dépression chez les jeunes adultes. Elle suggère qu’il est insuffisant de réduire la résilience à une affaire de « force mentale », de pensées positives ou de capacité individuelle à faire face. Ces dimensions ne peuvent être isolées des conditions matérielles, relationnelles, institutionnelles et environnementales dans lesquelles évoluent les personnes. Ainsi, un jeune adulte ne « résiste » pas seul : il peut aussi être soutenu, ou au contraire fragilisé, par son entourage, ses possibilités d’études ou d’emploi, la stabilité de son contexte de vie, son accès aux ressources, ou encore le climat social et politique dans lequel il vit.
Les auteurs en tirent une implication forte pour la recherche et pour les politiques de santé mentale : il faut développer davantage d’études interdisciplinaires et multisystémiques, capables d’identifier quelles combinaisons de ressources protègent quels groupes de jeunes, dans quels contextes. Cela est particulièrement crucial dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, aujourd’hui largement sous-étudiés.
En conclusion, cette revue montre que comprendre la résilience à la dépression ne revient pas simplement à chercher ce qu’il faudrait « renforcer » chez les individus, mais aussi à interroger les mondes sociaux, économiques, institutionnels et culturels qui rendent possible (ou non) le maintien d’une bonne santé mentale.
*Résumé et adaptation française de l’article de Theron L. et ses collègues : Factors that affect the resilience of young adults to depression: a systematic review. The Lancet Psychiatry, 2025.





