Yaël Busnel et les chercheur·euses de la cohorte ComPaRe ont mené une étude sur le niveau de décision médicale partagée perçu par les patient·es atteint·es de maladies chroniques en France.
Cette étude a été publiée dans la revue Medical Decision Making.
Pourquoi avoir mené cette étude ?
La décision médicale partagée (shared decision making, SDM) est un élément central des soins centrés sur le patient et fait l’objet de recommandations institutionnelles en France. Toutefois, les données décrivant son application en pratique courante, en particulier chez les personnes vivant avec des maladies chroniques, restent limitées.
L’objectif de cette étude était d’évaluer le niveau de SDM perçu par les patients pour la décision de santé la plus importante prise au cours des 12 derniers mois, et d’identifier les facteurs associés à un niveau plus élevé de SDM.
Comment avons-nous procédé ?
Une enquête transversale en ligne a été menée au sein de la e-cohorte ComPaRe auprès de patients adultes atteints d’au moins une maladie chronique.
Les participant·es ont renseigné la décision de santé qu’ils jugeaient la plus importante sur les 12 derniers mois et ont évalué le niveau de SDM à l’aide du questionnaire SDM-Q-9 (score de 0 à 100).
Les analyses ont été pondérées afin d’être représentatives de la population française vivant avec une maladie chronique. Des modèles de régression linéaire ont été utilisés pour identifier les facteurs associés au score de SDM, en ajustant sur les caractéristiques sociodémographiques, cliniques, le niveau de littératie en santé et le type de décision.
Quels sont les résultats ?
Au total, 2 087 patient·es ont été inclus·es (taux de participation : 34,9 %). Dans l’échantillon pondéré, 53,0 % étaient des femmes et l’âge moyen était de 51,0 ans (écart-type [ET] : 15,0).
Le score moyen de SDM-Q-9 était de 63 (ET : 27), correspondant à un niveau modéré de décision médicale partagée.
Les scores les plus élevés étaient observés pour les décisions liées au cancer (70 [ET : 26]) et à la dépression/anxiété (69 [ET : 26]), tandis que les scores les plus faibles concernaient le COVID long (54 [ET : 28]) et l’endométriose (58 [ET : 25]).
Les décisions concernant une intervention chirurgicale (71 [ET : 25]) ou l’utilisation d’un dispositif médical (70 [ET : 22]) étaient associées à des scores plus élevés que les décisions médicamenteuses (60 [ET : 28]). Les décisions prises avec un spécialiste présentaient un score moyen plus élevé que celles prises avec un médecin généraliste (64 [ET : 27] vs 62 [ET : 27]).
En analyse multivariée, un niveau de SDM plus élevé était associé au sexe masculin, à un niveau plus élevé de littératie en santé, aux décisions liées au cancer, à la chirurgie ou aux dispositifs médicaux, ainsi qu’à l’implication d’un spécialiste.
Conclusion
Cette étude montre que les personnes atteintes de maladies chroniques en France rapportent un niveau modéré de décision médicale partagée, avec d’importantes disparités selon la pathologie, le type de décision et les caractéristiques des patients.
Ces résultats soulignent la nécessité de stratégies ciblées pour renforcer la mise en œuvre de la décision médicale partagée en pratique courante, en particulier auprès des patientes et patients les plus vulnérables.





