Le Dr Thibault Triconnet et son équipe ont réalisé une étude portant sur les niveaux d’activité physique et la manière dont les patients atteints de maladies chroniques en France perçoivent leur propre activité.
Cette étude a été publiée dans l’European Journal of General Practice.
Pourquoi avoir mené cette étude ?
L’activité physique (AP) offre de nombreux bénéfices en prévention et dans la prise en charge des maladies chroniques. Malgré les recommandations de l’OMS (150 minutes d’activité d’intensité modérée à vigoureuse par semaine), une part importante de la population reste insuffisamment active. Les professionnels de santé s’appuient fréquemment sur le ressenti des patients pour évaluer leur niveau d’activité, mais cette auto-évaluation peut être inexacte et limiter l’efficacité des conseils personnalisés.
L’objectif de cette étude était d’évaluer les niveaux d’activité physique des patients vivant avec au moins une maladie chronique en France, à l’aide du questionnaire validé GPAQ (questionnaire mondial sur la pratique d’activités physiques), et de mesurer la concordance entre leur perception du respect des recommandations et les mesures objectives.
Comment avons-nous procédé ?
Une étude transversale a été menée au sein de la e-cohorte ComPaRe.
Après un tirage aléatoire stratifié (âge, sexe, diplôme) et pondération sur les non-répondants, 629 patient·es ont été inclus (taux de participation : 65 %).
L’activité physique a été mesurée avec la version française validée du GPAQ, permettant de calculer les METs (Équivalents Métaboliques : unité de référence permettant de comparer l’intensité des activités physiques) par semaine et de classer les participants selon le seuil de 750 METs/semaine.
La perception du respect des recommandations de l’OMS a été évaluée par une question unique (« ≥150 min » / « <150 min » / « ne sait pas »).
La concordance entre perception et mesure a été analysée via le coefficient kappa de Cohen.
Des données sociodémographiques, cliniques et contextuelles (télétravail, limitations physiques, utilisation d’objets connectés, conseils médicaux reçus) ont également été recueillies.
Quels sont les résultats ?
Au total, l’âge médian pondéré des participants était de 57 ans [46,0–65,4], et 55,3 % étaient des femmes. Le nombre médian de maladies chroniques était de 2,5 [1,0–4,0].
Selon le GPAQ, 369 patient·es (64,2 %) étaient classés comme actifs (>750 METs/semaine), avec un nombre médian de 885 METs/semaine [297–2255]. L’AP provenait à 38 % de l’activité professionnelle, 33 % des déplacements et 29 % des loisirs.
Concernant la perception du niveau d’activité, 241 participant·es (42,0 %) estimaient respecter les recommandations, 333 (58,0 %) déclaraient ne pas les atteindre, et 55 (8,6 %) ne savaient pas se positionner.
Parmi les 574 réponses exploitables, 192 (33,5 %) étaient « réalistiquement actives » et 211 (36,8 %) « réalistiquement inactives ».
En revanche, 49 (8,5 %) patient·es surestimaient leur niveau d’activité et 122 (21,3 %) le sous-estimaient, soit un total de 171 (29,8 %) de personnes présentant une perception erronée.
La concordance entre perception et mesure objective était modérée : kappa = 0,41 [0,34–0,48].
En conclusion
Cette étude montre qu’un tiers des patient·es vivant avec des maladies chroniques ne perçoivent pas correctement leur niveau réel d’activité physique, malgré une prévalence d’activité supérieure au seuil recommandé pour 64,2 % d’entre eux.
Ces résultats mettent en évidence la nécessité, pour les professionnels de santé, de combiner une évaluation objective de l’activité physique et la prise en compte de la perception des patients afin d’offrir un accompagnement personnalisé et efficace en consultation.
En savoir plus
Thibault Triconnet ; Viet-Thi Tran ; Isabelle Pane ; Stéphanie Sidorkiewicz
Physical activity levels and self-perception among patients living with chronic conditions in France: A population-based cross-sectional study using the ComPaRe cohort. https://doi.org/10.1080/13814788.2025.2566110.




