La Dre Tiphaine Lenfant, le Pr Viet-Thi Tran et leurs collaborateurs de l’AP-HP, de l’Université Paris Cité, de l’Université Sorbonne Paris-Nord, de l’Inserm et d’INRAE (CRESS), en collaboration avec la cohorte ComPaRe, ont mené l’étude REACTIVE sur l’accès, l’utilisation et les préférences des patients concernant le soin à distance dans le suivi des maladies chroniques.
Cette étude, promue par l’AP-HP, a été publiée le 10 février 2026 dans JAMA Network Open.
Pourquoi avoir mené cette étude ?
Les maladies chroniques sont fréquentes et nécessitent un suivi régulier. Celui-ci repose principalement sur des consultations en présentiel.
Les consultations à distance (visioconférence, téléphone, messagerie sécurisée) se sont développées ces dernières années. Leur place dans le suivi des maladies chroniques reste toutefois peu documentée du point de vue des patients.
L’objectif de l’étude REACTIVE était d’évaluer l’accès aux modalités de soin à distance, leur utilisation, les préférences des patients selon différentes situations cliniques et leur disposition à remplacer une consultation en présentiel par une téléconsultation plus rapide, y compris avec un autre médecin.
Comment avons-nous procédé ?
Une enquête nationale en ligne a été réalisée du 1er avril au 28 août 2024 auprès d’adultes vivant en France et atteints d’au moins une maladie chronique, recrutés dans la e-cohorte ComPaRe.
Au total, 1 995 participants ont été inclus dans l’analyse après pondération afin d’obtenir des estimations représentatives de la population française vivant avec une maladie chronique. L’âge moyen pondéré était de 55 ans ; 56 % étaient des femmes et 69 % présentaient une multimorbidité.
Les participants ont été interrogés sur la disponibilité et l’usage de trois modalités à distance avec leur médecin habituel (visioconsultation, contact téléphonique, messagerie asynchrone).
Ils ont également indiqué leur préférence entre consultation en présentiel ou à distance dans cinq situations : aggravation de symptômes connus, nouveau symptôme non urgent, bilan annuel, renouvellement d’ordonnance et discussion de résultats.
Enfin, ils ont été interrogés sur leur disposition à remplacer une consultation en présentiel prévue dans 20 jours avec leur médecin habituel par une téléconsultation plus rapide avec un médecin non référent.
Quels sont les résultats ?
Parmi les participants, 47 % déclaraient qu’aucune des trois modalités à distance n’était disponible pour communiquer avec leur médecin habituel. La visioconsultation était disponible pour 28 % des patients, le téléphone pour 11 % et la messagerie asynchrone pour 32 %.
Toutes situations confondues, 37 % préféraient une modalité à distance plutôt qu’une consultation en présentiel avec leur médecin habituel.
Cette proportion variait selon la situation : 55 % pour un renouvellement d’ordonnance, 43 % pour la discussion de résultats d’examens, 36 % en cas d’aggravation de symptômes connus, 25 % pour un nouveau symptôme et 26 % pour un bilan annuel.
Lorsque le délai pour une consultation en présentiel avec le médecin habituel était de 20 jours, la proportion de patients prêts à choisir une téléconsultation plus rapide avec un autre médecin augmentait à mesure que le délai alternatif diminuait.
En cas d’aggravation de symptômes, 51 % préféraient une téléconsultation avec un autre médecin dans les 5 jours plutôt que d’attendre 20 jours pour voir leur médecin habituel en présentiel. Pour un bilan annuel, cette proportion était de 20 %.
Conclusion
Cette étude montre qu’une partie des patients vivant avec une maladie chronique préfère le soin à distance pour certaines situations, en particulier pour le renouvellement d’ordonnance et la discussion de résultats.
Elle montre également qu’en cas de délai de 20 jours pour une consultation en présentiel, une proportion importante de patients peut choisir une téléconsultation plus rapide avec un autre médecin, selon la situation clinique.
Ces résultats plaident pour une organisation plus souple, combinant consultations en présentiel et à distance, en fonction du motif de consultation et des préférences des patients. L’enjeu n’est pas d’opposer les deux modalités, mais de les articuler pour améliorer l’accès aux soins sans fragiliser la qualité du suivi.





